Sécuriser le circuit des anticancéreux : l'exemple de l'Hôpital Paris Saint-Joseph
Doses standardisées, réorganisation des diffuseurs de 5-FU et contrôle analytique sur produit fini : comment l'unité de préparation des anticancéreux de l'Hôpital Paris Saint-Joseph a porté à 86 % la part de sa production contrôlée analytiquement.

- La sécurisation repose sur trois leviers : l'analyse de l'activité, une standardisation des doses bien encadrée et le contrôle analytique du produit fini.
- La standardisation est strictement bornée : stabilité, part de l'activité couverte, écart de dose limité.
- Les doses standardisées permettent un contrôle différé des lots, sans perturber l'hôpital de jour.
- Le contrôle des préparations nominatives demande de revoir le processus et d'ajuster les ressources.
Un contexte de forte croissance en oncologie
L'Hôpital Paris Saint-Joseph compte 700 lits, dont 56 dédiés à l'oncologie. Son activité d'anticancéreux progresse d'environ 6 % par an depuis 2010, et une nouvelle unité d'oncologie prévue d'ici 2027 pourrait la doubler.
En 2024, l'unité préparait environ 125 chimiothérapies nominatives par jour, sécurisées uniquement par un double contrôle visuel en cours de préparation. Or ce double contrôle laisse passer une part non négligeable d'erreurs, surtout à haut débit. S'y ajoutent les exigences des BPP 2023, les référentiels de l'INCa, les recommandations de la SFPO, la pression sur les effectifs et des délais qui doivent rester compatibles avec l'hôpital de jour.
Les objectifs du projet
- Standardiser : évaluer la faisabilité de doses standardisées (dose banding) pour les molécules les plus prescrites.
- Sécuriser : passer d'un contrôle visuel à un contrôle analytique automatisé du produit fini, avec le QCRx®.
La méthode, en 4 étapes
1. Analyser l'activité 2024
Les données du logiciel Chimio® recensent 26 084 préparations et 62 molécules sur l'année. Les dix premières concentrent l'essentiel du volume :
| Molécule | Préparations en 2024 | Part de l'activité |
|---|---|---|
| 5-FU diffuseur | 3 478 | 13 % |
| Paclitaxel | 2 759 | 11 % |
| Carboplatine | 1 958 | 8 % |
| Oxaliplatine | 1 858 | 7 % |
| Pembrolizumab | 1 445 | 6 % |
| Irinotécan | 1 308 | 5 % |
| Bévacizumab | 1 036 | 4 % |
| Gemcitabine | 934 | 4 % |
| 5-FU bolus | 861 | 3 % |
| Étoposide | 810 | 3 % |
2. Fixer des critères d'éligibilité
Une molécule n'est standardisée que si elle remplit trois conditions :
- une stabilité de la préparation supérieure à 14 jours ;
- au plus 6 doses standardisées couvrant au moins 60 % des prescriptions de la molécule ;
- un écart entre la dose prescrite et la dose standardisée inférieur ou égal à 5 %.
Cinq molécules répondent à ces critères :
| Molécule | Doses standardisées | Préparations standardisables |
|---|---|---|
| 5-FU diffuseur | 6 | 88 % |
| Paclitaxel | 6 | 77 % |
| Oxaliplatine | 5 | 89 % |
| Irinotécan | 6 | 60 % |
| Pembrolizumab | 2 | 100 % |
Appuyée sur des données réelles, cette analyse sert aussi à présenter le projet à la CME, à la direction ou à l'ARS.
3. Repenser les diffuseurs de 5-FU
Les diffuseurs de 5-FU représentent à eux seuls 13 % de l'activité. Six doses standardisées ont été retenues :
- Poches mèresDes poches mères de 5-FU de 1 L sont préparées à partir des flacons.
- RemplissageLes diffuseurs sont remplis aux doses standardisées avec un système Infumix® (Aseptimmed).
- Contrôle avant libérationLa poche mère est prélevée et analysée avec le QCRx® avant la libération du lot.
Ce circuit permet un contrôle différé de gros volumes, tout en respectant les délais de l'hôpital de jour.
4. Construire les gammes d'étalonnage
Les gammes du QCRx® ont été construites par ordre de priorité : cytotoxiques à dose variable, anticorps à dose variable, puis anticorps à dose fixe. Chaque poche est ensuite vérifiée en moins de 70 secondes : molécule, concentration et solvant.
Les résultats : un circuit largement contrôlé
- 34 %Doses standardisées, toutes contrôlées analytiquement
- 52 %Préparations nominatives, intégrées progressivement au contrôle en flux tendu
- 14 %Non contrôlées : hors périmètre ou en cours d'intégration
Au total, 86 % de la production est contrôlée analytiquement. Ce résultat est propre à l'organisation de l'Hôpital Paris Saint-Joseph. Il répond à l'exigence des BPP 2023 d'élargir les contrôles et de documenter systématiquement la libération.
L'impact sur l'organisation
La standardisation rend possible un contrôle différé d'une grande partie de la production, sans perturber les flux. Le contrôle des préparations nominatives, lui, demande de revoir le processus (prélèvement, acheminement, analyse, validation pharmaceutique avant libération) et d'ajuster les ressources humaines. La SFPO rappelle d'ailleurs que la préparation des anticancéreux injectables est une activité à haut risque, qui justifie d'adapter temps de travail, effectifs, ergonomie et organisation.
Le déploiement proposé tient en trois étapes :
- Les gros volumes d'abordContrôle différé des préparations standardisées à fort volume : diffuseurs de 5-FU, sels de platine, taxanes.
- Les nominatives critiques ensuiteExtension aux préparations nominatives les plus à risque, en ajustant plannings et effectifs.
- Tout documenterInscription de la démarche dans le système qualité, en référence aux exigences de l'ANSM et de l'INCa.
Analyse de l'activité, standardisation encadrée, contrôle sur produit fini : les trois leviers se renforcent l'un l'autre.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le dose banding ?+
Quels critères pour standardiser une molécule ?+
Les préparations nominatives peuvent-elles être contrôlées ?+
- Données d'activité 2024 de l'unité de préparation des anticancéreux de l'Hôpital Paris Saint-Joseph (logiciel Chimio®)
- ANSM, Bonnes pratiques de préparation, édition 2023 (décision du 21 juillet 2023)
- SFPO, recommandations de 2019 sur la préparation des anticancéreux injectables (n°17 et n°41)
- Institut national du cancer (INCa), référentiels sur la sécurisation du circuit des anticancéreux injectables