Bonnes pratiques pharmaceutiques (BPP) : qualité et sécurité des préparations
Les Bonnes Pratiques de Préparation de l'ANSM, édition 2023, fixent le référentiel opposable à toute préparation réalisée en pharmacie. Ce qu'elles couvrent, ce qui a changé, comment elles s'articulent avec les BPF et ce qu'elles impliquent pour le contrôle et la libération en pharmacie d'établissement.

- Les BPP sont prévues par l'article L.5121-5 du Code de la santé publique et fixées par décision de l'ANSM. L'édition 2023 remplace celle du 5 novembre 2007.
- Elles s'appliquent aux préparations magistrales, hospitalières et officinales, en PUI comme en officine.
- Le guide compte neuf chapitres généraux, complétés d'annexes, de lignes directrices et d'un glossaire.
- L'analyse de risque oriente tout le reste : nature des contrôles, stratégie de libération, taille des lots.
- La libération reste une décision du pharmacien, tracée dans le dossier de lot.
Que sont les bonnes pratiques pharmaceutiques ?
L'expression « bonnes pratiques pharmaceutiques » désigne l'ensemble des référentiels qui encadrent la qualité du travail pharmaceutique. Pour les préparations, le texte de référence en France est le guide des Bonnes Pratiques de Préparation (BPP). L'article L.5121-5 du Code de la santé publique impose que toute préparation de médicament soit réalisée conformément à des bonnes pratiques dont les principes sont fixés par décision de l'ANSM.
Le guide vise les trois catégories de préparations définies à l'article L.5121-1 du même code : magistrales, hospitalières et officinales. Il s'adresse aux pharmacies à usage intérieur (PUI), dont l'exécution des préparations fait partie des missions (article L.5126-1), aux officines, et aux structures qui réalisent des préparations ou des contrôles en sous-traitance.
Le pharmacien hospitalier est invité à adopter une culture de la preuve plus qu'une culture du processus.
Concrètement, cela suppose une documentation normalisée, une formation suivie, une gestion du risque anticipée et des moyens de contrôle capables de démontrer, préparation par préparation, que le produit est conforme.
Ce que change l'édition 2023
La décision de l'ANSM du 21 juillet 2023, en vigueur depuis le 20 septembre 2023, remplace l'édition du 5 novembre 2007. La révision intègre la résolution CM/Res(2016)1 du Conseil de l'Europe, la réglementation de l'Autorité de sûreté nucléaire pour la médecine nucléaire et les recommandations de l'IGAS sur la nutrition parentérale pédiatrique. Elle a été rédigée par un comité réunissant pharmaciens hospitaliers et officinaux, inspecteurs et universitaires.
| Sujet | Ce que demande l'édition 2023 |
|---|---|
| Analyse de risque | Chaque préparation est évaluée selon la substance active, la voie d'administration, la forme pharmaceutique, les opérations réalisées et le nombre de patients concernés (point 1.16). |
| Contrôles | Nature et fréquence adaptées au risque, réalisés en interne ou en sous-traitance (chapitres 6 et 7). |
| Libération | Décision du pharmacien, enregistrée dans le dossier de lot avec la date, le nom et la signature (points 4.42 et 6.69). |
| Personnel | Formation initiale et continue, opérateurs évalués et habilités régulièrement (chapitre 2). |
| Taille des lots | Quantités justifiées par un nombre prévisible de patients sur une durée donnée, avec justification au dossier. |
Les 9 chapitres du guide
Le guide se compose de neuf chapitres généraux, d'annexes qui donnent des exemples de mise en œuvre, de lignes directrices propres à certains types de préparations et d'un glossaire.
- Management du système qualité pharmaceutique
- Personnel
- Locaux et matériel
- Documentation
- Opérations de préparation
- Contrôle de la qualité pharmaceutique
- Activités externalisées (sous-traitance)
- Réclamations et rappels
- Auto-inspection
Les lignes directrices se cumulent. La préparation des chimiothérapies cytotoxiques injectables, par exemple, suit les chapitres généraux, la ligne directrice 1 (préparations stériles) et la ligne directrice 2 (substances pouvant présenter un risque pour la santé et l'environnement). Voir le guide sur les préparations cytotoxiques.
BPP et BPF : quelle différence ?
Les Bonnes Pratiques de Fabrication (BPF) encadrent la production industrielle de médicaments, de la réception des matières premières à la libération des lots. Elles sont définies au niveau européen par l'EudraLex (volume 4) et, au niveau international, par les recommandations de l'OMS. Elles s'appliquent aux établissements pharmaceutiques. En PUI et en officine, ce sont les BPP qui s'appliquent.
| BPF | BPP | |
|---|---|---|
| Champ | Fabrication industrielle de médicaments | Préparations réalisées en PUI et en officine |
| Référentiel | EudraLex volume 4 (UE), OMS TRS 986 annexe 2 | Décision ANSM du 21 juillet 2023 |
| Échelle | Lots industriels | Un patient ou un groupe de patients |
Les deux référentiels partagent la même logique : un système qualité documenté, des locaux et équipements qualifiés, un personnel formé, et une libération qui repose sur des preuves.
Ce que les BPP impliquent en pharmacie d'établissement
Analyse de risque et traçabilité
L'évaluation du risque de chaque préparation conditionne les moyens à mettre en œuvre. Chaque lot doit être tracé, de la réception des matières premières à la libération, dans un dossier de lot vérifié avant toute décision.
Contrôle et stratégie de libération
Les BPP n'imposent pas une méthode de contrôle unique : la nature des contrôles et la stratégie de libération découlent de l'analyse de risque (points 1.9, 6.59 et 6.70). Pour les préparations à haut risque comme les chimiothérapies injectables, la SFPO recommande de contrôler chaque préparation et de remplacer, autant que possible, le double contrôle visuel par des méthodes analytiques, gravimétriques ou numériques (recommandation n°17).
C'est là que le contrôle analytique sur produit fini prend sa place : le QCRx® vérifie la molécule, la concentration et le solvant en moins de 70 secondes par poche, puis archive un rapport horodaté qui rejoint le dossier de lot.
Formation et quantités produites
Le guide insiste sur la formation continue, avec des opérateurs évalués et habilités régulièrement. Les quantités préparées par lot doivent correspondre à un nombre prévisible de patients traités sur une durée donnée.
En adoptant une approche par le risque, les pharmacies d'établissement se dotent d'un cadre robuste, en phase avec les attentes de l'ANSM. Le contrôle analytique sur produit fini permet d'y répondre sans ralentir les libérations.
Questions fréquentes
Que signifie BPP ?+
Les BPP 2023 sont-elles obligatoires ?+
Quelle est la différence entre BPP et BPF ?+
Les BPP imposent-elles un contrôle analytique de chaque préparation ?+
Où trouver le texte officiel ?+
- ANSM, Bonnes pratiques de préparation, édition 2023 (décision du 21 juillet 2023)
- Code de la santé publique, articles L.5121-1, L.5121-5 et L.5126-1
- Conseil de l'Europe, résolution CM/Res(2016)1 sur la qualité et l'innocuité des médicaments préparés en pharmacie
- Commission européenne, EudraLex volume 4 : bonnes pratiques de fabrication
- Organisation mondiale de la santé, série de rapports techniques n°986, annexe 2
- SFPO, recommandations de 2019 sur la préparation des anticancéreux injectables (n°17 et n°41)